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Teaser & Fiche technique

Navétanes "La Mousson des Champions"

Note du réalisateur

En débarquant à Dakar en juillet 2001, je voulais aborder le thème du football en Afrique différemment. Il fallait éviter une présentation monolithique, en manque d’authenticité. L’absence de palmarès du football sénégalais, et l’éventualité d’une hypothétique qualification pour le Mondial 2002, permettait d’entreprendre la réalisation d’un documentaire à partir d’un angle inédit. Filmer l’âme du football sénégalais, et par extension, ce à quoi pouvait ressembler l’appropriation du football par les Africains. Celle-ci ne pouvait être qu’une émanation populaire. Les Navétanes, ces championnats d’hivernage, devaient apporter une réponse. En plus de la délimitation du temps et de l’espace imposée par l’organisation et le déroulement des Navétanes, ma réflexion sur la construction du film devait intégrer dès le départ une éventualité extraordinaire : la qualification du Sénégal pour le Mondial.
Plusieurs familles de Derklé (commune d’arrondissement de Dakar) m’ont invité à assister au dernier match qualificatif. Au coup de sifflet final, synonyme de qualification, les Navétanes prenaient une autre dimension. Pour une fois, le football d’élite sénégalais participait à la grande fête du football local, ouvrant la saison des pluies par des scènes de liesses générales. Leur football allait sortir de l’anonymat. Aussi, pour garder cette approche malgré l’événement, cette qualification devait apparaître comme un intermède dans le propos initial. Les acteurs que nous suivions donnaient leurs impressions à chaud, certains se risquaient aux pronostics bien avant le tirage au sort, espérant affronter la France. Mais très vite comme irrités par le fait que les médias lient la performance de leur équipe au fait que les joueurs évoluent tous en D1 française, ils ne manquaient pas de rappeler que : « le mouvement Navétane est la base du football, sans lui, le football sénégalais serait nul ! ». C’était un cri du cœur. Cela voulait dire que l’on ne pouvait célébrer le football sénégalais à ce moment précis, sans rendre hommage aux Navétanes.
Conscient de partager un moment hors du commun, j’entreprends de suivre cette lame de fond qu’était les Navétanes, dans la région de Dakar. Se laisser porter par le flot des ASC, au fil des rencontres et des invitations. La Mousson des Champions peut être présentée comme un carnet de route. Parmi la centaines d’équipes qui participent aux Navétanes, je me suis attaché à celles des communes de Derké (WALIDANE et DEUKHELE), de Gorée (COUMBA CASTEL) et de Ouakam (THIELY). Evoluant dans des zones différentes, elles ne pouvaient s’affronter directement à l’exception des deux ASC de Derklé, qui cette année encore, allaient s’affronter au cours d’un derby passionnant. Au delà des différents espaces à couvrir, j’espérais qu’une de ces équipes iraient au bout de la compétition. Il était indispensable d’intégrer cette tension perceptible à l’approche de l’exploit, parallèlement à celle partagée dès notre arrivée, avec l’équipe nationale.

L’ASC COUMBA CASTEL de Gorée parviendra-t-elle en finale ? Ecrirait-elle aussi une page d’histoire ? Je tenais le début d’un dénouement, qui aboutirait, soit sur l'exploit historique d’une équipe qui n’avait jamais remporté une finale de Zone, soit sur une défaite. Les éléments de dramaturgie indispensables à la popularité du spectacle étaient réunis pour illustrer le propos de Guy Debord dans sa ‘’Société du Spectacle’’. Ce merveilleux voyage initiatique au sein du football sénégalais, s’achève sur une tragédie : cet été 2001, l’ASC COUMBA CASTEL ne ramènera pas de trophée sur l’île de Gorée. L’émotion suscitée par la défaite, tout comme le parcours des autres équipes devaient être perçus comme l’une des étapes d’une construction narrative autour de la découverte du football populaire, la découverte des Navétanes.

Olivier Monlouis

Note de la Production

Les prouesses de l’équipe sénégalaise pendant la coupe du monde 2002 ont étonné le monde entier, et le projet d’Olivier Monlouis était une réponse à la curiosité suscitée par le Sénégal : Tout le monde voulait savoir d’où venait le foot sénégalais.
‘’Navétanes, La Mousson des Champions’’ montre les racines d’une vraie nation du football. Olivier Monlouis a filmé le lien très fort qui unit le pays à ce sport. Mais plus qu’un simple sport, il est aussi un formidable vecteur d’intégration sociale. Toutes les valeurs de la société sénégalaise s’y retrouvent : la famille, la solidarité, le mysticisme, et aussi cet art propre à l’Afrique de pouvoir créer, à partir d’une réalité de ‘’bouts de ficelles’’, un monde de magie.
En tant que producteur, c’est cet angle qui m’a tout de suite séduit. Le film d’Olivier Monlouis nous plonge dans une série de portraits qui dessine le cadre des Navétanes. D’Alfou le vendeur ambulant des stades, à Chimère Guèye, l’économiste aussi joueur à ses heures, tous se retrouvent autour du ballon rond avec la même passion. Des mères de joueurs au Marabout du village, chacun participe à l’alchimie des Navétanes. L’approche résolument humaine du travail d’Olivier Monlouis, nous fait découvrir un pays plein de vitalité et de ressources, à travers le portrait d’une population particulièrement attachante.
Ce documentaire propose aux Aficionados du football, et aussi aux profanes, un autre point de vue sur ce sport dans un pays rarement mis sous les projecteurs. Les Navétanes racontent bien sûr l’histoire d’un championnat populaire, mais sont également, bien au-delà de la performance sportive, une photographie très représentative de la société sénégalaise d’aujourd’hui.

Gaï Assouline

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